Velibor Čolić (Bosnie, France)
Velibor Čolić est né en 1964 en Bosnie, dans une ville qui aujourd'hui n'existe plus. Il vit en France depuis 1992. Après plusieurs ouvrages en serbo-croate, traduits en français par Mireille Robin, dont Les Bosniaques, ou La vie fantasmagoriquement brève et étrange d'Amadeo Modigliani (édités au Serpent à Plumes), Archanges (roman a capella) est son premier ouvrage écrit directement en français.
Son roman Jésus et Tito est lauréat du Prix Jean Monnet des Jeunes Européens 2012 et du Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur 2012.

 

L’abécédaire de Velibor Čolić Article publié par le Courrier des Balkans
Propos recueillis par Ursula Burger Oesch
Après une nuit blanche passée à Rennes juste avant son voyage à Paris, où il nous a rejoints à l’occasion de la journée du Courrier des Balkans, Velibor Colic dresse pour le Courrier un petit abécédaire personnel, une suite d’associations qui font travailler son imagination, qui enclenchent des souvenirs. Comme toujours dans les abécédaires, ce petit recueil de mots - amusant pour des grands connaisseurs, mais instructif aussi pour ceux qui ne connaissent pas son œuvre - s’inspire du moment et permet au lecteur d’avoir un avant-goût de l’univers de l’auteur. L’alphabet que nous avons emprunté pour cette occasion est un alphabet « mixte », rassemblant pour la plupart des lettres de l’alphabet français avec quelques exceptions que nous vous invitons à découvrir au cours de la lecture.


Par Velibor Čolić

A comme... Armée - Faire le service militaire en 1984 dans une armée qui quinze ans plus tard nous attaque, devient ennemie.

B comme... le Bleu - le Bleu pour moi, c’est la musique.

C comme... Céline - un salaud avec beaucoup de talent. Comme quoi on ne doit pas toujours être bon et gentil pour écrire de belles choses.

D comme... Destin - Même si on est complètement laïque comme moi, on commence à croire qu’il y a quelque chose là-haut... quelque chose d’écrit...

E comme... Eros - Nécessaire.

F comme... faux - Sans être spécialement paranoïaque, je pense qu’on nous ment... dans la vie de tous les jours, dans la politique...

G comme... gèle - qui me fait penser à des relations humaines. Un terrible froid règne entre les gens, on ne se comprend pas.

H comme... histoire - avec petit „h“, pas l’Histoire. Un besoin presque physique de les raconter.

I comme... ivre - Parfois, comme Eros, nécessaire. Dans le sens d’oubli, de relâchement.

J comme... juste - Dans mon travail d’écriture, je cherche chaque fois, pour tout, le mot juste....

K comme... Kafka - Depuis Josef K., le „K“ devient forcément Kafka pour moi.

L comme... loup - Peut-être parce qu’on est tous seuls.

M comme... montagne - Ça me fait penser à mon pays natal. Une relation compliquée ; comme toujours quand il y a à la fois de l’amour et de la haine.

N comme... naissance - Peut-être parce qu’on se perd et on se retrouve quelque part ailleurs. Alors c’est la renaissance.

O comme ...l’eau [õ] - C’est tellement parfait, c’est clair. Il faut jouer avec les mots.

P comme... pôle - parce que j’habite en Bretagne où l’heure s’arrête. Finistère veut dire le bout du monde. Dans le sens de l’extrême.

R comme... radieux - parce que je suis amoureux tout le temps, toute ma vie.

S comme... sommeil - C’est une revendication physique qui me fait penser à ce mot, c’est parce qu’on n’a pas beaucoup dormi hier soir...

Š... comme schizophrénie - C’est exactement cela. Je sais que tu parles ma langue mais je me mets à te parler en français. C’est une sorte de schizophrénie.

T comme... trompette - C’est le jazz. Miles Davis.

U comme... usé - C’est ma crise de la quarantaine. Peur de vieillir. Vieillir c’est comme un accident d’avion. On sait que ca existe mais on pense que ça n’arrive qu’aux autres.

V comme... vol - dans le sens de notre „ukrasti“, de priver quelqu’un de quelque chose. Moi, on m’a volé plein de choses. Une partie de ma jeunesse, mes amis, mon pays. Une partie de mon nez (Velibor a été blessé pendant la guerre)...et quelques centilitres de mon sang - pas beaucoup mais quand même.

Z comme... Zorba - C’est le fameux film avec Anthony Queen, sur le gaillard qui danse. Ça me fait penser à la danse qu’il danse, ce grand grec.

http://balkans.courriers.info/article8358.html

Bibliographie deVelibor Čolić
  • Jésus et Tito Gaïa Editions